Volkswagen Passat : l’humour est-il soluble dans le vert ?

Le spot de Volkswagen Passat, actuellement diffusé sur nos chaînes de télévision, fait grincer quelques dents dans la blogosphère écologiste. Cette publicité se présente comme un reportage au sein d’une communauté improbable d’écologistes radicaux qui ont décidé de vivre sans émettre un seul gramme de CO2, roulant en scooter à voile, produisant leur électricité en pédalant et allant jusqu’à renoncer au feu. Au représentant de la communauté qui explique crânement que l’objectif zéro CO2 est atteint, le journaliste fait remarquer qu’en parlant il émet quand même un peu de CO2. Et la publicité de conclure "on ne peut pas vivre sans émettre de CO2, tâchons déjà d’en rejeter un peu moins".

Les critiques s’exaspèrent de ce qui, à leurs yeux, ridiculise les éco-citoyens ("caricaturés en idéologues sectaires, bornés et rétrogrades") et soulignent la mauvaise foi (doublée d’erreur scientifique) qui consiste à mettre sur le même plan le CO2 émis en respirant et celui dégagé par une voiture.

Diffusé à la télévision, le spot a non seulement reçu l’avis favorable de l’ARPP mais a, de plus, été retravaillé avant sa finalisation pour se conformer aux règles en vigueur. Ainsi, la représentation de scènes de vie réalistes au sein de la communauté a été écartée au profit de scènes totalement absurdes et surréalistes, ceci afin de ne pas stigmatiser des pratiques alternatives existantes. Par ailleurs, le message consistant à dire "nul besoin de revenir à l’âge des cavernes pour participer à l’effort de réduction des émissions de CO2" (battant en brèche une idée hélas encore trop répandue) nous est apparu comme totalement en phase avec les messages de sensibilisation autour des petits gestes écologistes. Enfin, nous avons veillé à ce que la promesse finale soit bien relativisée ("tâchons déjà d’en rejeter un peu moins"), afin de ne pas présenter ce véhicule comme une panacée écologique.

Au fond, la question suprême (la seule qui résiste aux arguments rationnels) que pose l’indignation de certains, c’est celle de l’humour en publicité. Dans un contexte de montée du politiquement correct, l’humour, comme toute autre forme d’expression, est soumis à de fortes pressions. Cette question est révélatrice du climat de tension autour des enjeux environnementaux, tension proportionnelle à la gravité réelle des problèmes. Le sujet est grave, certes, mais cela nous condamne-t-il à la gravité ? Rire et faire rire, est-ce forcément se moquer, stigmatiser ? Existe-t-il désormais un crime de lèse-écologistes ? Et si c’était le cas, serait-elle vraiment si enviable l’image de ceux dont on n’aurait ainsi pas le droit de rire ?

Sachons raison et humour garder. Le nouveau Code Développement durable de l’ARPP, qui est entré en vigueur au 1er octobre, introduit une nouvelle règle qui dispose que "La publicité ne doit pas discréditer les principes et objectifs non plus que les conseils ou solutions communément admis en matière de développement durable". Pas de contre-sens : cela n’interdit pas le rire, ni le sourire.



Publié le : 5 octobre 2009.

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