Sécurité routière : polémique autour d’un film choc

Le dernier film publicitaire de la sécurité routière nous vaut actuellement un courrier assez nourri de consommateurs se plaignant de sa violence jugée excessive, eu égard, notamment, au public sensible des enfants.

Ce film vise à sensibiliser le public au risque mortel des légers dépassements de vitesse. Dans un paysage bucolique, une voiture gît en milieu d’une petite route, renversée sur le toit. « Il roulait beaucoup trop vite » souligne l’accroche. Le choc vient de se produire, on entend des voix dans la voiture, deux parents, une fillette, qui s’assurent qu’ils sont encore en vie. On respire. Le père commence péniblement à s’extirper de son véhicule quand une seconde voiture surgit et percute de plein fouet la voiture accidentée et ses occupants. « Et lui roulait juste un peu trop vite » conclut la seconde accroche. Pas de sang, pas de corps mutilés, pas de cris, mais tout est dit.

A l’appui de ce film, la Sécurité Routière invoque à la fois la nécessité de frapper les esprits pour changer des comportements mortels jugés anodins (faire, par ex., du 60 km/h en ville au lieu des 50 autorisés) et, surtout, la plus grande maturité du public français face à ces images violentes autrefois inhabituelles (les sondages indiquent que plus de 70% des Français sont d’accord avec la brutalité de ces images).

Ces questions sont très difficiles à traiter : ainsi, toujours en vertu de ces sondages, il reste tout de même 8% du public qui juge ces images excessivement et inutilement réalistes. Faut-il, pour eux, renoncer à l’efficacité d’une campagne acceptée par la majorité ? Inversement, jusqu’où est-il légitime de choquer le téléspectateur tranquillement assis devant son poste, si bonne soit la cause défendue ? Faut-il imposer à ces films des restrictions horaires de diffusion, pour éviter qu’ils ne soient vus par des enfants ?

Pour notre part, après mûre réflexion, nous avons validé ce film, qui nous a été soumis avant diffusion. En effet, il s’inscrit dans un historique de communication de la Sécurité routière faisant une part accrue au réalisme et aux images choc, sans dépasser les niveaux de violence des spots antérieurs. Par ailleurs, nous veillons toujours à éviter les images comportant du sang, des corps blessés, des souffrances trop explicites : ce spot là, qui fonctionne de ce point de vue sur l’ellipse, n’en contient pas.

Néanmoins, les réactions suscitées par ce film soulignent une fois de plus la nécessité d’entamer une réflexion déontologique sur les limites acceptables en matière de publicité pour les grandes causes.

Mise en ligne en Mai 2006.

Publié le : 30 mai 2006.

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