Ryanair : retour sur le droit à l’image

La dernière publicité française de la compagnie aérienne Ryanair utilisant une photo publique du couple présidentiel a beaucoup fait parler d’elle – ce qui était le but recherché – pour finir enfin condamnée devant les tribunaux.

Sur le sujet du « recyclage » publicitaire d’images de personnalités politiques, nous nous sommes maintes fois exprimés ;

Ce phénomène est classique, généralement plus marqué à l’approche de campagnes électorales, et gagne progressivement en audace. On s’autorise à représenter explicitement des personnalités de premier plan, pour certaines encore au Gouvernement, à reprendre et détourner leurs propos, à ironiser sur leurs faits et gestes, sur leurs relations personnelles, voire familiales … là où, auparavant, il était rarissime que l’on aille au delà de clins d’œil fondés sur des représentations elliptiques (références indirectes, silhouettes en contre-jour, personnages pris de dos, sosies, utilisation d’attributs indirects comme un labrador noir ou un chapeau, par exemple).

La campagne Ryanair a franchi un cran d’audace supplémentaire en représentant un Président en fonction. Les précédents sont rares, mais il y en a eu (le premier en date remontant à 1970 avec l’utilisation publicitaire du Président Pompidou pour les moteurs de bateau Mercury).

Sur ces questions, la réponse technique est d’ordre juridique, le point principal étant celui du droit à l’image. En vertu de l’article 9 du Code Civil qui dispose que « chacun a droit au respect de sa vie privée », le consentement explicite de la personne publique dont l’image est utilisée est juridiquement nécessaire.

Au delà de ce point juridique relatif à la protection de la vie privée, il n’est pas absurde de considérer qu’il intervient également une dimension déontologique de respect dû à certaines fonctions publiques, voire du respect de la vie politique. C’est d’ailleurs sur le respect de la dignité de la fonction présidentielle que Georges Pompidou avait fondé sa dénonciation de la publicité Mercury récupérant son image.

Dans les faits, ne nous voilons pas la face, il est rare que les personnalités politiques se voient demander leur autorisation préalable. Et il est encore plus rare qu’elles portent l’affaire devant les tribunaux, de crainte sans doute de donner une image de manque d’humour. Surtout dans un contexte où elles se livrent elles mêmes à une sur-exposition publique de leur vie privée. Généralement donc, les dents grincent mais la campagne passe. Le cas Ryanair va-t-il changer la donne ? Voire…



Publié le : 20 février 2008.

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