Racaille : le poids des mots

Un projet de publicité de l’association Animafac (réseau d’associations étudiantes) s’est vu récemment modifié suite à une réserve émise par le BVP dans le cadre d’un conseil demandé par l’afficheur sollicité. Le visuel en question montrait un homme vêtu d’un sweat à capuche, image emblématique des jeunes des banlieues s’il en est. Il était accompagné de l’accroche « racaille républicaine ».

Il faisait partie d’une série de plusieurs visuels, associant de la même façon des termes que le café du commerce a plutôt tendance à considérer comme antinomiques (« blonde et engagée », « mignon et pas con »). L’objectif était de lutter contre les préjugés et de valoriser l’implication citoyenne des jeunes, quels qu’ils soient.

L’emploi du terme « racaille » nous a semblé délicat à plusieurs titres : tout d’abord, sa réputation sulfureuse n’est plus à faire depuis les effets dévastateurs de sa reprise par Nicolas Sarkozy à l’automne dernier. Dans le contexte de ce printemps 2006, marqué par la tension sociale autour du CPE et le problème des « casseurs » dans les manifestations, le potentiel polémique de ce terme pouvait se voir ravivé. Par ailleurs, circonstance aggravante, la dénonciation même du stéréotype associé à « racaille » - uniquement contenue dans le terme « républicaine » - était extrêmement elliptique et pas évidente à décoder pour Monsieur tout le monde : dans ces conditions, le risque de renforcement du stéréotype « jeune-maghrébin- banlieue-racaille » était non négligeable dans le cadre d’une lecture rapide (qui est par essence celle du public dans le métro).

L’enfer est pavé de bonnes intentions : en ces temps de sensibilité à fleur de peau sur ces sujets, nul besoin d’en rajouter dans l’ambiguïté. L’association l’a fort bien compris et a accepté de modifier son accroche où le mot « lascar » a remplacé « racaille » : moins médiatique peut-être mais éminemment moins problématique.

Mise en ligne en Mai 2006.

Publié le : 30 mai 2006.

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